La mondialisation est apparue d’abord aux Africains comme un trouble étendant sur le monde entier une ombre anonyme. Véhicule ou conducteur invisible, la mondialisation a d’abord fait entendre ses sirènes pour signaler sa présence, ensuite, elle a répandu l’odeur d’une « bonne nouvelle » économique pour le monde entier qui était alors invité à se métamorphoser en zone de libre échange absolu, en espace sans frontières. Priés de se prêter au jeu du marché mondial à mettre en place pour le bonheur universel, les pays d’Afrique, déjà sans véritable autonomie dans un monde dominé par la puissance techno-scientifique, économique et politique, n’ont vraiment eu de choix que de coopérer. Ils se sont retrouvés en quelque sorte embarqués dans « une galère » dont ils ignoraient d’une part la solidité (de quel bois est fait le navire dans lequel nous sommes embarqués ?) et d’autre part la destination (où nous mène le navire ? vers la « terre promise » du développement ? Ce qui est recherché nous sera-t-il vraiment profitable ?).

 

                                     Face à ce trouble que l’on présentait ici et là comme une fatalité du nouveau siècle, alors que des voix se faisaient déjà entendre en Occident même, des intellectuels africains ont à leur tour, entrepris de chercher à comprendre ce qui se présentait comme un tournant de l’histoire du monde. Il leur fallait interroger le phénomène pour en comprendre les tenants et les aboutissants. La mondialisation était-elle enfin la voie sacrée du développement tant attendu et recherché depuis les années de nos indépendances ? Les promesses du néo-libéralisme nous assuraient-elles la sortie de la déchéance de nos sociétés en proie à de multiples difficultés ? Entre la résignation née du traumatisme colonial et l’espoir de trouver une issue à l’impasse économique africaine, l’intellectuel africain a tenté d’assumer son rôle historique et son devoir théorique de penser la crise qui secoue le monde. C’est au moment où se joue le sort de l’humanité et des collectivités auxquelles ils appartiennent que les intellectuels africains sortent de la clandestinité ou de la discrétion. Parce que ce dont il est question dans la mondialisation, ce n’est pas seulement de croissance, il est pleinement question du sort de la communauté humaine dans son entièreté, et par voie de conséquence, du destin même de notre continent, embarqué dans la même aventure que l’Europe depuis les confrontations coloniales et les deux grandes tragédies mondiales du siècle passé.