La télévision compte aujourd’hui parmi les compagnons de notre existence. Deux grands communicologues l’ont même qualifié de folle du logis. Elle prend la parole quand personne ne la lui a donnée. Elle détermine et subordonne bon nombre de nos comportements. Par le flot d’images qu’elle nous gave à longueur de journées, elle anéantit toute possibilité de réflexion ; elle nous abrutit à demi-mots sous couverts de certains programmes très prisés. A ce titre, elle constitue un véritable opium pour le peuple comme naguère la religion. S’agissant d’ailleurs de cette dernière, sa coalition avec la télévision contribue à augmenter la dose d’opium. Le degré d’ivresse est tel que toute capacité de défense cognitive devient perméable. Tout ceci n’est possible que parce que la majorité de Congolais qui s’exposent à ce média ne sont guère préparés à en comprendre le langage.

 

Cependant, au-delà du caractère dangereux que présente ce média, il est aussi un espace où la population essaie de faire passer ses doléances à qui veut l’entendre. La parole télévisuelle est contraignante mais dès lors qu’elle se libère, elle ne manque pas d’attirer l’attention. Raison pour laquelle, la télévision est devenue aujourd’hui cette sorte de miroir qui réfléchit la société. Le fait divers télévisuel est bien ce lieu où les Congolais retrouvent leur parole confisquée et dénoncent ce qui ne va pas dans leur vécu quotidien en même temps qu’ils dénoncent ceux qui sont commis à certaines responsabilités. Le fait divers, dans la sphère télévisuelle congolaise, s’est donné une sorte de mission : exorciser le mal vivre au quotidien. Que les gens se mettent à manger les animaux de compagnie, cela peut faire rire mais serait moins sage qui se limiterait à rire ; qu’ils mangent un pain impropre à la consommation ne peut être source d’hilarité ; qu’ils dénoncent les odeurs nauséabondes qui se dégagent de certains égouts mal bouchés, cela ne doit laisser personne indifférent ; que les mœurs connaissent des atteintes multiples : incestes, viols, pédophilie et bien d’autres faits accablants, cela doit faire réfléchir. Une question devrait être posée au terme de cette litanie peu glorieuse : pourquoi tout ceci ?

 

La réponse serait à chercher dans la manière dont nous nous gérons au quotidien. Si les responsables politiques ont une lourde part dans cette dérive comportementale, la population elle-même doit être tenue pour responsable de ce qui lui arrive. Il y a une bonne part de sa complicité. Son apathie traduite par son éternelle jérémiade « leta atalela biso likambo oyo » montre qu’au-delà de nos cinquante ans d’indépendance, nous n’avons pas toujours réussi à nous prendre sérieusement en charge. Pour cette raison, le Cardinal Malula s’est battu pour christianiser le rite du mariage et sauver la famille de la déperdition axiologique. Aujourd’hui, bon nombre de mariages se contractent selon le schéma tracé par le Père de l’Eglise de Kinshasa : mariage coutumier chez les parents, mariage civil chez l’Etat et enfin mariage religieux devant Dieu et les hommes. Le salut de la famille est précurseur de celui de la société. Mais la société est constituée des individus qui se doivent d’affirmer leur identité par-delà les différentes modes qui le sollicitent ou encore les tentations de la violence comme moyen d’expression.

 

Au-delà des efforts du prélat, une déperdition axiologique est encore observée chez  certaines de nos soeurs qui ont renoncé, sans qu’on ne comprenne trop pourquoi, au port du slip. La mode est un vent éphémère qui vous emporte pour un temps mais toutes les modes ne sont pas à suivre.  Car cette mode-là les expose à des infections. Alors, entre la santé et la mode, on ne peut choisir que la santé ; ce choix ressemble bien au dilemme que Dieu pose à l’homme appelé à choisir entre la vie et la mort.

 

Par ailleurs, le combat du Cardinal Malula ressemble par bien des côtés à celui des écrivains africains qui se sont battus pour tirer l’homme africain de l’oppression en même temps qu’ils ont pressenti certains pièges qui étaient tendus par le colonisateur sur le chemin de l’exercice de la souveraineté des jeunes Etats africains. Malheureusement, l’opportunisme de nos politiques a pris le pas sur la rationalité et a poussé vers une cécité politique et économique qui est aujourd’hui à la source de notre retard de développement.

 

Heureusement que pour tempérer ce climat délétère, il y a l’élévation de l’Archevêque de Kinshasa à la dignité cardinalice qui vient mettre du baume au coeur des Congolais qui, en ayant marre de la souffrance, ne gardent plus leur langue dans la poche et profitent du fait divers télévisuel pour déverser toute la bile sur ceux qui les dirigent. Cette élévation mérite d’être fêtée par les chrétiens qui devront user d’une harmonie de couleurs pour rendre la fête haute en coueleurs.