Dominique Wolton écrivait que « La plupart des conflits qui émergent depuis vingt ans sont culturels, il y a donc une sorte de retard dans cette prise de conscience. Par exemple, les négociations sur le statut des industries culturelles au sein de l’OMC ne suscitent guère d’intérêt au niveau mondial. Les affrontements restent secrets et technocratiques, alors même qu’on devrait les rendre publics pour que chacun comprenne qu’il s’agit d’enjeux aussi importants que le pétrole ou la santé. Cette bataille essentielle pour l’avenir de la paix reste secrète et réservée aux minorités éclairées. Penser la cohabitation culturelle n’est pas seulement un idéal démocratique à l’échelle du monde, c’est une nécessité politique essentielle… »

Face à cette situation il ne s’agit pas de clamer simplement la diversité mais de promouvoir le pluralisme linguistique et culturel à travers l’interaction équilibrée entre les différentes cultures. Pour cela, il faudrait que les cultures se reconnaissent égales en dignité et s’interrogent en permanence sur leurs valeurs, leurs pratiques et leur adaptation aux conditions de grande inégalité ou sous le contrôle du plus puissant.

Sous ce rapport, la première nécessité consisterait à donner au pluralisme culturel une consécration juridique. Au moment où sont en cours de nouvelles négociations dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, D. Wolton préconise la création d’une OMC bis que serait l’Organisation Mondiale de la Culture pour faire contrepoids à l’Organisation Mondiale du Commerce, il importe que les Etats et les gouvernements demeurent vigilants sur la question de la diversité culturelle. Cependant, cette seule vigilance ne suffit pas, il faut travailler à donner au pluralisme linguistique et culturel un statut juridique qui contraint l’ensemble de la communauté internationale. A ce titre, les conclusions des rencontres organisées par la Francophonie et la Déclaration universelle de l’UNESCO adoptée à l’unanimité le 2 novembre 2001 constituent des avancées et des bases pour l’élaboration d’une Convention internationale du pluralisme culturel. Cette convention comprendrait les éléments tels que :

 

  • le droit pour les Etats et gouvernements de concevoir et de mettre en œuvre des politiques favorisant leur spécificité et leur développement culturel ;

  • le droit des Etats et gouvernements à soutenir la production par des politiques impliquant des mesures réglementaires et financières appropriées ;

  • la reconnaissance de la spécificité des biens et des services culturels et du traitement spécifique dont ils doivent être l’objet, y compris dans leur dimension économique ;

  • la reconnaissance de la nécessité de préserver le pluralisme linguistique ;

  • les dispositions spécifiques pour les pays les moins avancés afin de favoriser le développement de leurs industries culturelles et leur capacité de se doter de politiques culturelles vigoureuses ;

  • la pérennisation du dialogue des cultures dans une perspective de prévention des conflits ;

  • le mécanisme de suivi de la mise en oeuvre de la Convention et le dispositif de règlement des différends.

     

    Ce parcours conduisant à une consécration juridique du pluralisme culturel est-il suffisant pour la rendre prégnante dans l’évolution des rapports entre les communautés humaines ou au contraire l’interaction entre les cultures doit-elle être soutenue par des structures à vocation planétaires ?  La construction du pluralisme culturel est à la fois un projet et un acte de résistance. Un projet de coopération, de collaboration entre les différentes langues et cultures du monde. Un acte de résistance aux forces unificatrices de la mondialisation. Elle vise une mondialisation alternative qui prend racine dans des pratiques concrètes.

     

                Car la mondialisation ne se réduit pas à la globalisation financière et économique. Elle met en présence diverses représentations du monde portées par des fonds culturels distincts. Ces représentations ne peuvent pas être simplement réifiées à travers leur valeur marchande. Si la mondialisation est incontournable, il faut alors renouveler autant l’action que la réflexion en vue de construire un ordre cosmopolite dans lequel le projet national n’est pas dépassé mais redéfini et mis en relation avec les autres enjeux planétaires.